• Les stéréotypes de genre : la base des inégalités entre les femmes et les hommes

    SOMMAIRE

    ▶️ Différencier sexes et genres pour définir ce qu'est un stéréotype de genre

    ▶️ Comprendre les conséquences des stéréotypes de genre sur soi et les autres

    ▶️ Comment agir ? L'importance des modèles

    ▶️ Sources

    Dernière mise à jour de la page : 20-01-2023 (rédaction en cours)

  • Différencier sexes et genres pour définir ce qu'est un stéréotype de genre

    Commençons par différencier le sexe et le genre.

     

    Le genre est un outil d’analyse qui permet de rendre compte de ce que la société définit comme masculin ou féminin. Ces caractéristiques, valeurs et normes attachées au féminin et au masculin se transforment et évoluent en permanence selon les époques et les contextes.

    Qu’est-ce qu’un stéréotype de genre ?

     

    Un stéréotype, c’est une image toute faite, une idée préconçue que l’on peut avoir sur un groupe de personne. Tout le monde a des stéréotypes et c’est normal, il y en a partout ! Dans notre entourage, dans les médias, dans les films, les livres, etc.

     

    Pour donner la définition exacte du stéréotype, prenons celle que propose Le CNRTL[1] : « Idée, opinion toute faite, acceptée sans réflexion et répétée sans avoir été soumise à un examen critique, par une personne ou un groupe, et qui détermine, à un degré plus ou moins élevé, ses manières de penser, de sentir et d'agir. ».

     

    Mais alors quel lien entre les stéréotypes et le genre ?

     

    Ainsi, un stéréotype de genre correspond à l’attribution d’une caractéristique à une personne en fonction qu’elle soit perçue comme féminine ou masculine.

     

    En voici quelques exemples :

     

    Les garçons n’expriment pas leurs émotions.

    Les filles sont moins douées en mathématiques que les garçons.

    Les hommes ont plus de besoins sexuels que les femmes.

    Les femmes sont plus sensibles que les hommes.

    Les femmes font mieux le ménage.

    Les hommes sont infidèles.

    Les hommes ne savent faire qu’une seule chose à la fois.

    Les femmes ne savent pas conduire.

    Les hommes ont plus d’ambition professionnelle.

    Les femmes préfèrent s’occuper des enfants.

  • Comprendre les conséquences des stéréotypes de genre sur soi et les autres

    2. Quelles sont les conséquences des stéréotypes de genre ?

     

    Les stéréotypes enferment les personnes dans des schémas limités voir dégradants. Ils nous empêchent d’acquérir des compétences essentielles à notre réussite professionnelle et notre bien-être. Ils induisent également des préjugés sur les personnes et participent aux fondations des discriminations, inégalités et donc, des violences.

     

                Les stéréotypes et construction de soi

     

    Ces stéréotypes, a force de les entendre, finissent par s’imposer comme une vérité et ils deviennent alors la norme. C’est ainsi que les plus jeunes notamment, adhèrent à des rôles sociaux de genre stéréotypés.

     

    Les adolescent·es notamment, à un âge où la construction de soi se fait beaucoup à travers celle des autres, sont incité·es à se conformer à une norme qui parfois ne leur correspond pas, ce qui peut altérer leur confiance en soi. Iels peuvent développer des complexes ou ne pas être en accord avec leur identité profonde qui est en contradiction avec les stéréotypes imposés. Par exemple :

    • Les filles peuvent être très mal à l'aise avec la norme qui dicte que les femmes doivent être douces, conciliantes ou qu'elles doivent jouer la séduction pour adhérer aux standards de la féminité. Par ailleurs, ces normes ne leur permettent pas de valoriser leurs autres qualités intellectuelles ou de caractère (combativité, créativité, esprit d'initiative).
    • Les garçons peuvent développer des complexes liés au fait qu'ils ne correspondent pas à l'archétype de l'homme viril : fort, insensible, conquérant...

     

    Les stéréotypes de genre induisent également des effets néfastes dans le développement des compétences des plus jeunes. Parlons de l’effet Gholem. L’effet Golem est un phénomène psychologique mettant en œuvre une prophétie autoréalisatrice dans laquelle des attentes moins élevées placées sur un·e individu le·a conduisent à de moins bonnes performances. C'est l'inverse de l'effet Pygmalion qui induit des performances supérieures d'un sujet sous l'effet d'une croyance extrinsèque en sa réussite.

     

    Reprenons des exemples de stéréotypes de genre pour bien comprendre cet effet.

     

    -Les filles sont moins douées en mathématiques que les garçons. → Plus les filles entendent qu’elles sont moins douées que les garçons en mathématiques, moins elles le sont ! C’est ce qui les pousse à moins s’invertir dans les filières scientifiques dès l’entrée au lycée.[2]

     

    -Les garçons n’expriment pas leurs émotions. → Ce stéréotype est dangereux pour les garçons, en effet ces derniers sont moins enclins à exprimer leurs émotions, ce qui à long terme créer le terreau de certains problèmes sociaux, notamment la violence, les addictions et le suicide[3].

     

    Les stéréotypes de genre déterminent les rôles des femmes et des hommes dans nos sociétés. En conditionnant les filles et les garçons à des tâches, des loisirs et des métiers dévolus. Souvent, les filles sont cantonnées à des rôles sociaux subalternes, par exemple :

    • Une petite fille va faire de la danse, jouer à la poupée. Plus tard, on l'incitera à s'orienter vers des métiers « féminins » (petite enfance, secrétariat, filières professionnelles plus courtes).
     

    • Un garçon sera poussé à faire des activités et sports plus « virils ». Il sera encouragé, plus que les filles, à l'esprit de compétition et à tenir un rôle actif dans la société (hautes études, poste à haute responsabilité).

     

                Les préjugés, discriminations et inégalités

     

    Un préjugé se définit, selon le CNRTL comme une « opinion à priori favorable ou défavorable qu'on se fait sur quelqu'un·e ou quelque chose en fonction de critères personnels ou d'apparences. ».

     

    Avoir des préjugés, c’est normal ! Ils nous permettent de nous protéger de certaines situations : on peut avoir un préjugé sur une personne, sentir que cette personne ne nous veut pas du bien et ainsi nous protéger d’une potentielle violence de sa part.

     

    Là où les préjugés deviennent problématiques, c’est lorsqu’ils servent de base à une discrimination, une inégalité, une violence. C’est le cas quand les préjugés sont appuyés par des stéréotypes. Pour mieux comprendre ce phénomène, reprenons quelques stéréotypes pour les déconstruire :

     

    - Les hommes ont plus de besoins sexuels que les femmes. → Ce stéréotype est aujourd’hui encore utilisé en cas de viol pour excuser l’agresseur de son acte. Il sous-entend que le viol est normal de la part des hommes, puisqu’ils ont des besoins sexuels irrépressibles. C’est un argument qui revient particulièrement lors des cas de viol conjugal. Le préjugé serait alors de se dire : « c’est un homme, il a plus de besoins que moi qui suis une femme, je dois donc accepter ce rapport sexuel ». Ce type de stéréotype légitime la domination et la violence des hommes. Certains stéréotypes vont renforcer l'acceptation par les femmes de comportements violents et irrespectueux dans les relations de couple.

     

    - Les hommes ont plus d’ambition professionnelle, tandis que les femmes aspirent à éduquer les enfants. → Ce stéréotype participe à des discriminations à l’embauche des femmes, qui se verront moins recrutées. Le premier préjugé serait alors qu’une femme n’ayant pas d’enfant lors de l’embauche, en aurait plus tard et s’investirait donc moins dans son travail. On lui refusera donc le poste. Le second préjugé serait qu’une femme veut s’occuper de ses enfants, on lui proposera alors un temps partiel. Ce stéréotype a un impact réel sur les inégalités sur le marché de l’emploi : les femmes sont moins présentes sur le marché du travail (82,5 % pour les femmes contre 91,9 % pour les hommes), et elles occupent les emplois à temps partiel, notamment subi (27,4% des femmes contre 8,4 % des hommes en 2020).[4]

     

     

                Stéréotypes de genre et relations amoureuses et sexuelles

     

    Concernant la sexualité, les relations amoureuses et affectives, les hommes se soumettent au diktat de la virilité : force physique, multiplication des expériences sexuelles, non-expression des sentiments. Ne pas se soumettre à ces normes liées au genre, c’est s’exposer à du rejet de la part des pairs : un homme « efféminé » ou exprimant des sentiments pourra être qualifié de pédé, de bouffon, moqué, etc. Il s’agit donc d’une réelle contrainte exercée, notamment sur les plus jeunes.

     

    Les femmes, quant à elles, jonglent entre l’image de la femme séduisante, avec le risque d’être étiquetée « fille facile », et l’image de la « fille bien ». Pour les femmes, encore, on observe un double standard : on dit que les femmes doivent être sexy pour plaire aux hommes. Pourtant, une femme qui s’habille de manière sexy peut être exposée à des jugements violents, comme celui d’être catégorisée de « salope » ou « pute ». A l’inverse, une femme qui ne s’habille pas de manière sexy pourra être critiquée de ne pas prendre assez soin d’elle, de ne pas plaire.

     

    Ainsi, c’est dès l’adolescence que les garçons tiennent un discours volubile sur la sexualité tout en méprisant la sentimentalité tandis que la « fille bien » s’incarne dans un discours volubile sur la sentimentalité et la répression de la sexualité[5]. Difficile de s’y retrouver !

     

    [1]Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales

    [2]https://www.insee.fr/fr/statistiques/6047791?sommaire=6047805

    [3]https://d1wqtxts1xzle7.cloudfront.net/32677968/depression-with-cover-page-v2.pdf?Expires=1658159775&Signature=GhvrX8TVzI0bTHPNb2JAu784WmqAko0KAcx37vb5F-UPSW-R5kQz4~03W~hJrifA-Ul0RUntKLHr8RedI5jJE9-G~E3LrDoBE9X45CqCkdQ1k5cCTwHTn-nQ4DYo-viyoqIksIRcZ~ldeKE6IOk4o7DTNMIEI4QbIQrxFn0wx9CFSw3npV1O6XC1rVLPLaQCTZkHsv5MQeOlERD8WFvlWBB1-~dAXaMZcmyYAozWnSlWDf5COtK70PdpIb8MVrsXzC2EbR6FOBkkeZUA5bhhfQHQ0BsRwLlY5~VRFWwrfpEN843b-~79E6EG0SHj9Y8SM9sAYO5MLSwVHARpJVpdow__&Key-Pair-Id=APKAJLOHF5GGSLRBV4ZA

    [4]https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/discrimination-lembauche-selon-le-sexe-les-enseignements-dun-testing-de-grande-ampleur

    [5] Clair, I. (2007). La division genrée de l'expérience amoureuse. Enquête dans des cités d'habitat social. Sociétés & Représentations, 24, 145-160. https://doi.org/10.3917/sr.024.0145

  • Comment agir ? L'importance des modèles

    → On n’enferme pas les personnes dans ces stéréotypes.

    Petit·es comme grand·es, chacun·e a la droit de faire ce qui lui plaît tant qu’il ou elle est dans le respect de l’autre. Votre amie se met à la boxe ? Encouragez-la ! Votre père décide de se reconvertir dans les métiers de la petite enfance ? Encouragez-le ! Votre petit garçon se déguise avec des robes ou joue à la poupée ? Dites-lui qu’il est beau et qu’il fera un bon père !

     

    → On accompagne face au harcèlement, violence, discrimination

    Votre enfant est rejeté·e à l’école car il ou elle ne réponds pas aux rôles de genre ? Rappelez lui qu’il ou elle est en droit de faire ce qui lui plaît tant qu’il ou elle respecte les autres et ne leur impose pas son avis. Porter des robes ou jouer à la poupée ne fait pas d’un garçon, une fille. Un super outil a été développé par une maman pour son garçon qui était insulté car ce dernier portait des vernis : est-ce que les filles/ les garçons peuvent ?

    Les dépliants sont à retrouver sur ce site : https://mamanrodarde.com/2017/09/08/pour-les-petits-garcons-puissent-etre-et-aimer-ce-quils-veulent-sans-quon-les-emmerde/

    Votre amie est discriminée à l’embauche à cause d’une potentielle grossesse ? Proposez-lui de chercher avec elle des structures qui pourraient l’aider à faire face à cette situation et faire entendre ses droits.

     

    → On montre la voie et des modèles

    Rien de mieux que de pouvoir s’identifier à des personnes réelles ! Développer vos exemples en dehors de stéréotypes : parlez autour de vous des footballeuses lyonnaises qui excellent à chaque compétition, des femmes scientifiques, des hommes dans les métiers du care, etc.

     

    → On questionne !

    Lorsque l’on est face à une personne qui verbalise un stéréotype on peut la questionner pour déconstruire son idée. Si par exemple une personne vous dit que les poupées ne sont pas un jouet pour les garçons, questionnez-la d’abord avec des questions ouvertes, par exemple :

    - Ah oui, pourquoi dis-tu cela ?

    - De quoi a-t-on besoin pour jouer à la poupée ?

    - Pourquoi les garçons ne pourraient pas le faire ?

    - De quoi as-tu peur ?

    Pour cet exemple, il y a plusieurs réponses possibles mais très fréquemment, la personne aura peu d’arguments : « c’est comme ça », « je ne veux pas qu’il devienne gay ». Pour répondre à ça, on peut dire que jouer à la poupée permet aux petits garçons de développer des compétences psycho-sociales importantes quant au respect de l’autre, du prendre soin, et que cela pourra l’aider à être un bon père, que cela n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle.

    Autre exemple : il n’y a que les filles qui peuvent se maquiller. Après avoir posé les questions ouvertes, vous pourrez montrer des professionnels du maquillage, expliquer que cette pratique est artistique et développe la créativité de chacun·e, comme la danse par exemple !

    Vous remarquerez, dans ces différentes interactions que vous serez très souvent confronté·es, quant aux stéréotypes masculins, à l’argument de l’orientation sexuelle. En effet, un homme qui a des pratiques dites de femme sera très souvent taxé d’homosexuel, ou la peur que son garçon le devienne resurgit très fréquemment. Nous reviendrons dans un prochain article sur ce phénomène. En attendant, prenez le temps d’expliquer que les pratiques des personnes ne déterminent en rien leur orientation sexuelle (et qu’il n’y a aucune honte à avoir d’être homosexuel·le par ailleurs!). De plus c’est partir du principe que les activités dites féminines sont moins biens que celles dites masculines. Or, prendre soin des autres et de soi (par le maquillage, l’habillement, ou autre), savoir exprimer ses sentiments (pleurer, ouvrir son cœur à l’autre, etc), etc. sont des compétences psychosociales importantes et permettent le bon développement professionnel et personnel de chacun·e.

    Agissons contre les stéréotypes pour donner plus de pouvoir d’agir à chacun·e !

     

  • Pour aller plus loin :

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